Sur notre planète Terre, les océans occupent les deux tiers de la surface disponible, alors forcement à certains endroits avec la terre ferme il y a des zones d'embrouille. La lagune de Venise en est un bon exemple. Ici c'est une bonne centaine d'iles que la mer essaye de grignoter inlassablement, et malgré les efforts colossaux déployés par les Vénitiens depuis plusieurs siècles, ce n'est pas sur qu'ils finissent par gagner cette bataille.
C'est cet endroit que nous avons choisi cette année pour assouvir nos envies de navigation. Un peu de recherche sur internet, une réservation, et nous voilà propriétaire d'un bateau pour une semaine. Rien ne nous empêche plus de partir à la découverte de cet écosystème si particulier au milieu duquel cité des Doges et marécages sablonneux se partagent le même destin.
Mais que se passe t'il donc dans cette lagune?
Il faut se faire une raison les lagunes ne sont pas des systèmes stables, et celle de Venise n'échappe pas à la règle. Le nerf de la guerre c'est le sable. Il est apporté par le Pau le Piave la Brenta ou le Sile. Ces fleuves en déposent des milliers de tonnes à la sortie de leur embouchure, ce qui a fini par former les iles sur lesquelles des habitants se sont installés (c'est un peu plus compliqué que ça tout de même, mais le principe est là), mais voilà, la mer inlassablement emmène tout ce sable au large. Selon les spécialistes, une lagune peut évoluer de deux façons possibles. Soit la mer perd la bataille et la lagune s'ensable irrémédiablement, toutes les iles se soudant au littoral, soit les flots sont les plus forts et toutes les îles disparaissent. Aujourd'hui à Venise, si on ne fait rien,on serait plutôt dans le deuxième cas de figure.
Mais alors tout est foutu? Venise est condamnée à disparaitre sous les flots? Pas tout à fait. Il existe une troisième voie afin de maintenir le tout en l'état, mais cela demande un boulot pharaonique. C'est précisément ce qu'essayent de faire les Vénitiens depuis plusieurs années.
Car si les hommes ont leurs responsabilités dans l’appauvrissement en sable, la nature, elle, n'est pas toute blanche non plus. Très tôt les Vénitiens ont réduit l'apport en sable alluvionnaire en déviant les cours du Pau, de la Piave et de la Brenta. Préoccupations écologiques, actions politiques, il y a de nombreux articles sur ce sujet partout sur le net, le résultat c'est qu'au final il arrive moins de sable dans la lagune. D'un autre coté, la mer, le vent, les courants, eux ont une action constante, ils érodent, ils grignotent, ils sapent les jolies îles, et emmènent tout le sable là-bas au large. Si on ajoute à cela la circulation fluviale dans la lagune souvent trop rapide, qui fait des vagues et remet le sable en suspension, la pêche au "Vongoles" qui racle les fonds marins, le pompage de l'eau de la nappe phréatique pour alimenter la ville de Venise qui participe à l'affaissement des sols, nos Vénitiens vont avoir pas mal de boulot pour limiter les dégâts.
Au chapitre des opérations de sauvetage (la surface totale des iles représente 5% de la superficie de la lagune), il y a eu la protection et la stabilisation des Lidos par d’impressionnantes digues en pierre, et le démarrage du projet "MOSE" en 2003, qui vise a isoler l’intérieur de la lagune des fortes marées et des tempêtes de l'Adriatique par un système de vanne escamotable.
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| Le projet "MOSE" consiste à construire des barrages amovibles dans les trois portes de communication avec l’Adriatique; San Nicolo, Malamocco, Chiogga. |
Si la totalité des actions entreprises par les Vénitiens sont efficaces et si le réchauffement climatique ne fait pas trop monter le niveau de la mer, on devrait pouvoir encore visiter la "Piazza St Marco" sans être obligé de se mettre en maillot de bain.
Le trajet
Venise ce n'est pas la porte à coté, ni pour les bourguignons, ni pour les Lyonnais, et la route pour s'y rendre en voiture fait la part belle aux autoroutes. La portion la plus intéressante c'est la traversée des Alpes, elle se fait le plus généralement par le tunnel du Mont Blanc, pas moins de 10kms dans le noir, pour moi qui suis un chouilla claustrophobe c'est dur. Le point de rencontre avec le reste de l'équipage se trouve à Aoste, à l'hôtel Diana. Venant de Lyon, nous avons moins de route, alors plutôt que de faire l'impasse sur la plus belle partie du voyage, nous avons préféré passer par dessus la montagne. Le col du Petit St Bernard vient tout juste d'ouvrir, c'est une chance et on en profite.
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| Avec leurs sommets encore enneigés, les Alpes ont de la gueule |
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| A presque 2200m il y a encore de la neige |
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| L’hôtel Diana, un très bon point de chute dans le val d'Aoste (photo Marie) |
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De l'hôtel Diana, il nous reste encore quelques 450kms pour aller jusqu'à Casier, petit village sur le Rio Sile, c'est là-bas que nous attends notre bateau, et ce sera autoroute tout le long, je suis content de ne pas être en moto.
La croisière
Le Rio Sile
Effectivement notre bateau nous attend bien sagement à quai. Une fois toutes les formalités administratives et la séance de transvasement des bagages et de la nourriture terminées, nous avons droit à un briefing en français sur les conditions de navigation pour la semaine à venir.
On va pouvoir lever l'ancre... Enfin je plaisante elle n'a jamais été jetée...
Il ne faudra pas compter arriver dans la lagune avant demain après midi, une course de bateau nous empêche d'y entrer avant 15h00. Ce n'est finalement pas bien grave car le bout de navigation sur le Rio Sile est un peu long, nous stopperons (non non on ne jette pas l'ancre!!!) pour la nuit le long de la rivière à la hauteur de Casale sur Sile.
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| Voilà notre bateau, et en prime la tronche de l'équipage |
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| Le petit gars de chez Leboat à qui j'ai demandé de nous faire une photo de départ n'en fini plus de nous mitrailler |
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| La première difficulté surviens dés la sortie du port de Casier, sous la forme d'un pont roulant aussi perfide qu'étroit... A toi de jouer Daniel |
Notre halte pour la nuit le long de ce petit village est très bucolique, trop peut-être, un bateau rempli de supporters de foot vient s'amarrer à quelques mètres derrière nous, c'est parti pour une soirée agitée? Finalement pas trop... l'équipe Italienne (La Juventus) s'est fait ratissée par les Espagnols, l'ardeur de nos supporters italiens est retombée assez vite.
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| Marie sur le pont à l'aube!!! même pas fatiguée |
La descente vers la lagune se poursuit le lendemain, sur les bords de la rivière, on voit de temps en temps de superbes demeures...
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| Petite demeure "modeste" à bâbord cap'tain |
La navigation dans la lagune ne démarrera vraiment que dimanche après-midi.
L'idée que l'on se fait généralement de la croisière fluviale est plutôt synonyme de glisse tranquille entre les deux berges d'un canal perdu au milieu de la nature. Dans la lagune, faut oublier tout ça. Le nombre de bateaux, leur vitesse et les chenaux pas super balisés ont vite fait de faire monter la pression d'un cran. Les Vénitiens mènent leurs bateaux un peu de la même façon qu'ils conduisent leurs voitures... C'est "pousse toi de là, moi je vais plus vite que toi".
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| A certains endroits la lagune prend des airs de périph parisien (photo Marie) |
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| Et à l'intérieur du bateau faut se cramponner |
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| Voilà les trépieds en bois qui balisent les chenaux, on les appelle des "bricoles". Il ne faut pas s'en écarter sous peine d'ensablement |
Il y a plus d'une centaine d'île dans la lagune mais toutes ne sont pas inintéressantes, alors il faut choisir, une semaine ça passe très vite. Le premier arrêt se fait à Mazzorbo. Cette petite ile n'a rien de passionnant, mais un pont permet de passer à pieds sur Burano.
Burano
Cette
petite ile est assez touristique et il y a deux raisons à cela. La première c'est la dentelle, encore plus célèbre parait-il que
celle du Puy-en -Velay. Mr Wikipédia nous informe que le développement de cette
artisanat date du XVIème siècle. On dit que les femmes des
marins brodaient en attendant le retour de leurs pécheurs de maris les longues
soirées d'hiver. Toutes ces Pénélopes (je parle de celle d'Ulysse hein, pas celle de Fillon) travaillaient si bien que leurs ouvrages eurent rapidement une notoriété internationale.
La seconde raison, ce sont sont les jolies façades colorées des maisons bordant le canal central, un régal pour les photographes, si tu ne part pas de là avec plus de 3000 photos c'est en général que tu es tombé en panne de piles...
Et si on cherche bien il y en a même une troisième, l'église de "San Martino" et son campanile façon tour de Pise.
La
nuit au mouillage de Mazzorbo fut tranquille, à peine quelques
passages de vedettes rapides qui donnèrent de grosses vagues, histoire de bercer nos rêves de grands navigateurs.
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| Les façades colorées des maisons de Burano |
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| Un pont relie Mazzorbo à Burano, c'est pratique car il n'y a aucun mouillage touristique autorisé à Burano |
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| La "rue" principale de Burano |
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| Je ne pourrais dire combien de Japonaises se sont fait prendre en photo devant cette porte!!! Y aurait-il un symbole particulier là-bas au pays du Soleil Levant??? Dans le doute j'ai immortalisé ma cocotte à moi... |
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| Rio de la Giudecca |
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| Une "Pénélope de Burano" (photo Marie) |
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| Le campanile de l'église "San Martino" en mode "tour de Pise" |
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| A Burano, les propriétaires de ces maisons aux façades si "flashies" seraient obligés de les repeindre un fois l'an |
Venise
Il 'est pas question de visiter Venise en détails, une semaine pleine n'y suffirait pas. Mais bon, passer devant sans s'y arrêter serait un peu craignos quand même. A Venise, il y a du soucis pour garer son bateau, même que c'est interdit pour les touristes. J'aurai pourtant trouvé assez classe de pouvoir mouiller au beau milieu des dizaines de gondoles amarrées aux pontons, à deux pas de la place St Marc, mais niet, nada, verboten. Il y a deux points de chute réservés pour les plaisanciers, à "San Giogio Maggiore" direct en face de la place St Marc, ici la nuit te coute un bras, ou alors, plus modeste dans le port de Santelena, bien sympa et à trois arrêts de "traghetto" des hauts lieux touristiques de la cité. C'est cette deuxième solution que nous avons retenue. Pour cet après-midi le programme de la visite est serré, le pont du Rialto, de la balade le long des canaux, et la Piazza San Marco. Nous avons tenu le cahier des charges sans faillir, la Miade a même tenu à rajouter une petite visite aux urgences en fin de journée, quand on visite, on visite...
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| Avant de poser le bateau on fait quelques photos de la cité (photo Marie) |
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| En second plan, le "Pont des Soupirs", la tentation est grande de poser le bateau en double file et d'aller flâner le long des canaux (photo Marie) |
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| Bateau rangé, on part à la découverte de la ville |
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| La star du grand Canal, le Pont Rialto |
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| Biennale de Venise 2017, Lorenzo Quinn en présentant cette œuvre appelée "Support" tente de sensibiliser le monde au réchauffement climatique et à la montée des eaux |
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| Mais à quoi peuvent bien penser les gondoliers quand ils ne gondolent pas?? (photo Marie) |
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| Venise c'est aussi la découverte du "Spritz" (photo Marie) |
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| T'imagines un peu la place St Marc sans ses pigeons?? |
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| En période "d'aqua alta" l'eau est déjà montée jusqu’au trait bleu |
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| Les gondoles sont indissociables de la ville de Venise, elles sont construites selon un cahier des charges très précis, le gondolier doit passer un "permis de gondoler", c'est la ville qui décide du nombre de gondoliers en service. |
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| Le palais des Doges, résidence du pouvoir Vénète pendant presque un millénaire |
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| Le romantique "Pont des Soupirs" n'est en fait qu'un couloir enjambant un canal menant tout droit dans les geôles du palais. Voilà la dernière image de liberté qu'avaient les détenus avant le cachot (le célèbre Casanova y fut incarcéré, mais il réussit à s'échapper). |
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| Et la palme de la visite insolite revient incontestablement à la Miade avec la prestation suivante: malaise sur la place St Marc, bateau ambulance et service des urgences de Venise.... |
Murano
Encore une ile bien connue des touristes, ici depuis des centaines d'années les artisans verriers règnent en maitres. C'est pour des raisons de sécurité que le sénat dans les années 1200 oblige les verriers à s'installer sur une ile éloignée de la grande ville de Venise et de ses demeures en bois. Le verre pour être travaillé nécessite de hautes températures, et à cette époque les incendies sont redoutés par la population.
De nos jours il resterait encore une petite centaine de verriers sur l'ile. Les belle pièces coutent la peau des fesses. J'ai vu des services à vin (6 verres à pied) à plus de 300€. A la vitesse à laquelle on les casse...
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| Sculpture réalisée pour la biennale 2017, mais nous n'avons pas su interpréter |
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| Première étape de la fabrication d'un vase. Le four est en permanence plein de verre en fusion |
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| Alors qui va faire la plus belle photo?? |
Les Lidos
On a coutume d'appeler "Lido" le bout de cordon littoral qui va du port de San Nicolo au port de Malamocco. En fait un lido, au sens géologique du terme, c'est un cordon de sable qui sépare une lagune de la mer. A Venise il y en a deux principaux, le Lido et Pellestrina (on pourrait même considérer que les deux extrémités de Chiogga et de Cavallino sont des lidos reliés à la terre ferme). Ces cordons de sable possèdent une face balnéaire coté Adriatique et souvent des infrastructures portuaires et des villages coté lagune. Nous n'avons passé que peu de temps sur ces deux iles, le Lido pour nous avitailler, et Pellestrina pour manger dans le restau "Da Nane" (trop cher!!!)
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| Sur la lagune on croise toutes sortes d'attelages |
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| San Pietro in Volta (photo Marie) |
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| Pellestrina (photo marie) |
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| Cabane de pêcheurs (photo Marie) |
Chiogga
Petite ville reliée par un pont à la terre ferme, Chiogga est à l'extrémité sud est de la lagune de Venise.
Comme elle est rattachée au continent, il y a des routes et donc des voitures... Ça nous fait tout bizarre de nous retrouver dans la civilisation. Demain c'est jeudi et c'est le jour du grand marché de poisson.
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| Où est le port? et par quel chemin y va t-on? |
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| Même reliée au continent Chiogga vit en symbiose avec l'eau |
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| Depuis l'épisode "'urgences" c'est hydratation obligatoire toutes les heures |
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| Ce soir il y a un orage en préparation, heureusement nous sommes bien amarrés |
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| Le marché tient ses promesses, l'offre en poissons et crustacés est pléthorique (photo Marie) |
Pour le coup on s'est un lâché ce matin et on a acheté de quoi se faire une poellée de seiche façon cap'tain, et des vongoles pour mettre avec le spaghettis. Un bonheur n'arrivant jamais seul, les prix sont tout à fait raisonnables. Chiogga est une petite ville très sympa, plutôt authentique et très animée, si on rajoute à cela une navigation intéressante pour y arriver, c'est pour moi qui ne la connaissait pas le petit coup de cœur inattendu du voyage.
Les bizarreries...
Pendant nos nombreuses heures de navigation nous avons eu l'occasion de voir des choses étranges, alors clic clac, dans la boite.
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| Lui, c'est sur, il va beaucoup moins bien marcher maintenant!!! (photo Marie) |
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| Gondole école? ou bien simple déplacement en mode écolo? (photo Marie) |
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| Les anciens forts qui gardaient les entrées de la lagunes sont toujours
présents, on les appelle "hexagones" rapport à leur forme bien sur |
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| Petite résidence "pieds dans l'eau"... travaux à prévoir (photo Marie) |
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| Des ilots comme celui-ci ont accueilli un temps une activité particulière et sont maintenant abandonnés |
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| Marcel et tous ses potes nous ont tenu compagnie pendant ce voyage |
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| Le respect des limitations de vitesse, ce n'est pas le point fort des Italiens (photo Marie) |
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| Mais ou ce bateau va t-il déverser sa cargaison de touristes que l'on évite l'endroit? |
Et pour finir, c'était bien alors?
Mon public me reproche souvent de mettre trop de texte et pas assez de photos dans mes articles. Alors pour cette fois pas de diarrhée verbale (même après le Spritz) j'irai à l'essentiel. Oui la navigation sur la lagune a été super intéressante. Oui le temps fut beau et chaud, même un peu trop certaines fois (hein la Miade!!). Oui l'approche des iles de lagune "par la mer"est incontestablement un plus, l'arrivée à Venise face à la place St Marc restant un moment particulièrement fort, et pour celui qui est à la barre vu le nombre de bateaux qui circulent dans tous les sens, et pour les appareils photo qui ont chauffé un max pendant quelques minutes. Oui j'ai raté pratiquement tous mes amarrages en marche arrière mais je ne désespère pas d'y arriver un jour. Oui on a fait de bons apéros, de bon repas, de gros dodos. Et pour finir, NON!!! on n'a pas envie de leur ramener leur bateau aux gars de chez Leboat.
Le reste en images
Ah vraiment super ce blog !
RépondreSupprimerCela m'a permis de le revivre une deuxième fois !
Bravo l'artiste !!!